A Dance with Dragons

Je vous avais laissés il y a quelques semaines de cela sur les plages de Bali, un poil dépité par l’île. Suite à cela, envie de voir ailleurs. Autant le début du voyage avait été des plus classiques (Bali et Java étant les îles les plus fréquentées), autant je voulais poursuivre dans des lieux moins connus.

Donc direction Lubuan Bajo (il m’a bien fallu 3 jours avant de comprendre comment prononcer le nom, autant dire que j’espérais ne pas m’être trompé de vol). Lubuan Bajo étant la ville la plus occidentale de l’île de Flores, et le principal point d’entrée vers le Parc National de Komodo.

Problème 1: l’aérodrome local (j’ai bien dit aérodrome, pas aéroport) ne comprend qu’une seule piste bien incapable d’accueillir des avions de taille décente type A320, B737 ou même Bombardier à réaction. Seuls de petits ATR ou autres coucous à hélice de fabrication chinoise peuvent s’y poser.

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Ayez confiance…

Problème 2: les compagnies qui exploitent les lignes en questions sont soit blacklistées par l’Union Européenne, soit locales. La confiance règne.

Problème 3: la saison des pluies sur Flores commence en Novembre

Problème 4: depuis quelques petits incidents (atterrissage en tempête de sable sur Pékin, vols turbulents en Birmanie, trou d’air vers Timisoara et décollage sous orage à Bangkok), je suis un peu mal à l’aise en vol.

Autant dire que les deux heures de vol en question, avec atterrissage raté, avion tremblant et turbulences à tous les étages ont fait partie des pires de ma vie. Et une fois touché la terre ferme, je me suis maudit mille fois pour avoir eu l’idée de venir dans le coin.

Le coin en question étant connu pour deux aspects:

- c’est un rêve pour plongeur: une trentaine de spots de plongée, des raies manta, tortues, requins, dauphins, coraux, et plusieurs clubs organisant des sorties de deux-trois jours en bateau pour découvrir tout ça

- c’est aussi le l’habitat naturel d’une créature presque mythique, le Dragon de Komodo.

Ce reptile, parfois présenté comme le dernier descendant des dinosaures, est un saurien carnivore, cannibale, rapide, à la mâchoire puissante et à la morsure quelque peu empoisonnée. On ne le trouve guère que sur les îles de Komodo et celle voisine de Rinca – inhabitées hors quelques camps de rangers escortant les touristes curieux.

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Après quelques années à pourfendre les dragons en jeu de rôle et vidéos, il était hors de question de ne pas rendre visite à ces petites bêtes. Donc réservation d’un bateau, et en route pour Rinca.

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Le bateau dans ces conditions me semble encore préférable à l’avion précédent…

Le premier panneau semble particulièrement accueillant:

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Ok, la faune locale ne semble pas particulièrement accueillante

A peine le temps de débarquer, et un guide me prend en charge. Vu le coin, c’est nécessaire.

Observation de la nature locale en perspective, dont les crabes à la pince droite démesurée:

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Puis nous arrivons dans le camp. Choix de l’itinéraire de rando, et nous voilà partis.

Enfin, partis… façon de parler. Mais qui voilà juste devant les toilettes:

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Pourquoi se planquer là?

Quand on voit ça à moins de deux mètres, qu’on sait qu’il s’agit du type de carnassier qui peut vous arracher la jambe d’un seul coup de mâchoire, autant dire qu’on ne fait pas le malin.

On respire. On recule prudemment. On se dit qu’il a quand même l’air placide, mais on ne va pas prendre de risques. Je n’ai que deux jambes et j’y tiens.

Mon guide me confirme quand même qu’il n’a pas l’air dangereux. Donc autant faire le touriste de base et se laisser prendre en photo. Pour être honnête, je n’en menais quand même pas large, même s’il s’est finalement révélé particulièrement paisible.

Puis début de rando: nous parcourrons la forêt équatoriale, observant les arbres et les quelques animaux qui vivent là (singes, buffles, poules et chevaux sauvages ainsi que quelques daims). Toutes sont des proies des dragons, qui sont vraiment en haut de la chaîne alimentaire.

buffalo

Oui, c’est une bébette d’une tonne à cornes, mais c’est tout de même une proie.

Enfin, à partir d’un certain âge.

J’ai eu droit à un cours complet et passionnant, type National Geographic, sur la naissance et l’enfance des Komodos. En général leur mère pond les œufs, les protège un peu puis laisse la boue les recouvrir pendant la saison des pluies. Six mois plus tard, au mois de mars, les œufs éclosent. Et c’est l’orgie pour tous les dragons adultes qui se précipitent sur les lieux d’éclosions pour bouffer les petits. Charmant n’est-ce pas? En l’absence d’instinct maternel, il arrive que les mères mangent leur petit.

Les survivants sont ceux qui ont réussi à s’échapper vers les arbres les plus proches et à y grimper. Ils y restent en général cinq ans, endurant les brimades des singes et de leurs aînés. Avant d’être suffisamment grand pour redescendre sur la terre ferme et commencer à se venger de tout ça…

Typiquement quand un dragon approche d’un arbre occupé par des singes, ces derniers lancent des signaux d’alarme pour prévenir la communauté, et essayent de filer le plus loin possible. Les moins agiles ratent parfois une branche et tombent par terre. Et ça fait un petit-déjeuner gratuit pour le reptile en-dessous…

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C’est vrai que ça saute vite ces petites bêtes…

Sous les soleils de Bali

Après quelques jours en mode exploration, culture et mégapole titanesques, le temps était venu de quitter Java pour Bali. Le passage des pluies de Yogyakarta au soleil éclatant de Kota fait un bien fou, et il a fallu bien peu de temps avant que je ne me retrouve devant ceci:

Entrée de la plage de Legian

 Plage de carte postale, presque inoccupée (même si cela change bien vite le week-end), mer juste suffisamment agitée pour avoir le plaisir de lutter contre les vagues et de parfois se laisser emporter jusqu’au rivage. Logeant dans le sud de Bali, je suis dans la zone balnéaire par excellence, qui a forcément perdu son originalité à cause du tourisme, mais reste néanmoins fort agréable. C’est la partie déconnexion du cerveau des vacances, et cela fait un bien fou.

Là ça me donnerait presque envie de passer une semaine à tenir droit sur une planche

Voilà qui me donnerait presque envie de passer une semaine à apprendre à tenir sur une planche

 Le centre de l’ïle recèle lui de somptueux paysages. Rizières s’étalant sur les bords des grands volcans locaux, anciens temples et palais, hélas balayés par les eaux lorsque je m’y rends (des inconvénients de partir à l’orée de la saison des pluies)…

Rizières

Rizières

Kerta Gosa - Le palais de Klungkung, demeur des derniers rois balinais

Kerta Gosa – Le palais de Klungkung, demeur des derniers rois balinais

Le temple le plus important de l’île, Pera Besakih, est une vision enchanteresse. Je n’avais jamais vu ce type d’architecture. Une fois à l’intérieur, on se laisse imprégner par la sérénité qui se dégage des lieux, en laissant juste la pluie nous caresser le visage.

Pera Besukih

C’est aussi là que je me suis rendu compte des réels méfaits du tourisme. On ne va pas répéter la chanson: le long des plages, construction d’hôtels à outrance, transformation des lieux en succédanné de la Costa Brava, les sollicitations permanentes des scooters, taxis, vendeurs de lunettes de soleil, de tatouages et gadgets en tout genre. Cela arrive en permanence, et un tourisme raisonnable le long d’une plage tient souvent de la difficulté d’accès des lieux ou d’une rare volonté de ne pas profiter de la poule aux oeufs d’or.

Depuis les hauteurs de Pera Besakih

La situation était différente sur Pera Besakih. A peine posé dans le parking, le chauffeur me dit qu’il reste dans sa voiture car elle a été fracturée la dernière fois qu’il est venu. Sur le chemin, les centres d’information touristique arrêtent fermement les touristes solitaires pour demander des contributions à la restauration des lieux. A la sortie des lieux, un groupe d’agent de sécurité qui bloquent la voiture tant qu’un tip ne leur a pas été versé. On n’est même plus dans le harcèlement, on touche au racket. Dans un lieu qui invite au recueillement et au respect, et par les habitants d’une île pourtant connus pour leur gentillesse.

Ce n’est plus seulement la transformation de l’environnement. C’est la corruption pure et simple des habitants et de lieux pourtant enchanteurs. J’ai toujours voyagé sans me poser de question sur mon influence sur les lieux en tant que touriste. Je ne peux désormais plus me voiler la face.

Borobudur et Prambanan

L’Indonésie est un pays majoritairement musulman à l’heure actuelle. Pourtant, ce fut loin d’être toujours le cas, et l’île de Java fut durant des siècles un haut-lieu de l’hindouisme et du bouddhisme.

Les deux religions y sont désormais assez peu pratiquées, mais il reste ça et là quelques vestiges témoignant de cette époque lointaine.

Borobudur

Montagnes depuis Borobudur

Ainsi, le temple de Borobudur, à une quinzaine de kilomètres de Yogyakarta, est-il un symbole du bouddhisme d’Indonésie. Le genre de construction proprement hallucinante, surtout lorsqu’on se rend compte qu’il a été bâti vers l’an 800. Des centaines de bas-reliefs finement sculptés en parsèment les murs…

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Certains bas-reliefs devraient être interdits aux moins de 18 ans

Accessoirement, c’est un arrêt obligatoire pour tout touriste javanais, ce qui signifie qu’on peut croiser bon nombre de personnes n’ayant jamais vu un Bule (= laowai, farang, gaijin, occidental) qui insistent pour être pris en photo avec moi, discuter en anglais ou me demander mon compte facebook. J’ai un peu peur de ce à quoi tout cela va ressembler dans quelques jours. Et je me demande dans combien de foyers ma photo va pouvoir circuler à l’avenir.

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Oui, je suis une star

On en trouve rarement en Europe

Un peu plus loin se dresse les vestiges hindous de Prambanan. En cours de rénovation depuis le tremblement de terre de 2006 qui a détruit une partie des petits temples et endommagé le principal, il s’agit tout de même d’impressionnants édifices. Une partie des légendes hindous (Ramayana et Mahabarata) y sont longuement décrites.

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Prambanan

Prambanan en reconstruction

Toi je crois qu’on ne va pas s’entendre

J’avoue, j’aime les Apsaras…

De Jakarta à Yogyakarta

Bilan de quelques jours à Jakarta:

- le trafic correspond à celui de Vélizy en période de travaux. L’heure de pointe semble s’étendre de 7h à 13h le matin et de 15h à 21h le soir. Sachant que la ville n’est pas vraiment conçue pour les piétons, autant dire que j’ai passé un certain temps à discuter avec les chauffeurs de taxi.

- sur certains points, j’ai eu l’impression d’être de retour en Chine. Quand on me demande d’où je viens, je réponds « Saya Perancis » (je suis Français), ce qui me vaut immédiatement un « Zidane, Zidane ». Bon, faut croire qu’il y a un ou deux coins dans le monde où notre chère équipe nationale est encore bien perçue, on ne va pas parler de Kriscna ou des derniers résultats.

- Le nombre de malls est délirant. Même l’ancien marché aux tissus (Paran Majestic) a été transformé en mall, ce qui détruit un peu le charme. Néanmoins, se promener au milieu des tissus, des tailleurs et des machines à coudre reste toujours un plaisir, surtout en l’absence de sollicitation en tout genre (les habitués du South Fabric Market de Shanghai comprendront…). Et on peut également y faire de charmantes rencontres.

Lieu de rêve pour princesses en herbe

Lieu de rêve pour princesses en herbe

- La nourriture locale est excellente: fine, relevée – qu’il s’agisse du riz ou des rouleaux de printemps mangés dans la rue, des brochettes de satay ça et là, ainsi que des restaurants où le poisson est apprêté de manière particulièrement raffinée.

Rouleaux de printemps, préparés et cuits sous mes yeux

Rouleaux de printemps, préparés et cuits sous mes yeux

- Dans le nord de la ville se trouve une boîte de nuit appelée le Stadium. En terme de programmation, c’est la meilleure boîte techno dans laquelle je sois jamais allé. La décoration est de type gothique trippante: grande salle entourée d’arcades, surplombée de balcons et au-dessus de laquelle plane une amazone équipée d’un sabre laser et chevauchant un dragon (on peut admettre que c’est un peu kitch). C’est aussi le lieu le plus glauque que j’ai pu visiter: pilules d’extasie et autres en vente sous le manteau, mères maquerelles présentant leur marchandise un peu trop fraîche au chaland, etc. Autant dire qu’il doit y avoir un sacré niveau de corruption pour que ce genre d’endroit puisse prospérer.

Le lendemain, départ pour Yogyakarta. Sur les conseils d’un collègue, j’ai choisi un train de première classe traversant l’île et permettant de profiter d’impressionnants paysages: fleuves, rizières et forêts tropicales, le tout parfois surmonté par la silhouette d’un volcan lointain.

Vous avez dit "paysage menaçant"?

Vous avez dit « paysage menaçant »?

Rizières

Rizières

A Yogyakarta, emménagement dans un petit hotel reculé, où l’on n’entend guère dans la cour que les oiseaux, les cascades d’agrément et ça et là le chant d’un muezzlin. Sur le chemin, le chauffeur de taxi tente de m’enseigner des rudiments de javanais (dialecte différent de l’indonésien) en me promettant que ça ferait craquer la réceptionniste. J’y ai gagné un ravissant sourire, ce qui n’est déjà pas si mal.

C'est un trou de verdure...

C’est un trou de verdure…

Yogyakarta est le principal lieu touristique de Java. En raison de son rôle dans la guerre d’indépendance contre les Pays-Bas, c’est devenu une zone spéciale dirigée par un sultan adoré de la population. C’est aussi un important centre de confection de batik (tissu traditionnel local), la principale cité universitaire (autant dire qu’il y a des étudiants à tous les coins de rue), et nombreux sont les touristes qui viennent admirer les anciens temples bouddhistes et hindouistes des environs.

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Le Kratos, palais du sultan

Un des innombrables magasins de batik

Un des innombrables magasins de batik

Jakarta

M’étant retrouvé une nouvelle fois dans la situation: « Manu, t’as trop de congés, il faut que tu en poses avant la fin de l’année », me voilà parti pour un mois en Indonésie.

Le monument national - couramment appelé "Dernière érection de Sukarno", le père de la liberté locale

Le monument national – couramment appelé « Dernière érection de Sukarno », le père de la liberté locale

Après un bien long périple, et quelques frayeurs en vol (« We will try to avoid them, but there should be a few thunderstorms on the way » – merci de me rassurer monsieur le pilote), arrivée à Jakarta hier à 15h. Et première rencontre avec les officiels indonésiens. 1h d’attente pour l’immigration, en mode « quelques personnes travaillent, et la majorité passe dans les couloirs et tape la discute ». Les deux Italiens qui attendaient à côté de moi en étaient arrivés à chanter les louanges de leur propres fonctionnaires (et moi de même). Jusqu’à ce que, devant l’étendue du désastre et de la queue qui s’accumule, un gradé quelconque finisse par dire à tout le monde de passer outre, et nous envoie directement à un autre service de visas. Je n’ai pas tout compris, j’ai juste remercié ma bonne étoile en me disant qu’il allait falloir éviter autant que possible d’avoir affaire aux fonctionnaires locaux.

La cathédrale locale

La cathédrale locale

Sortir enfin de l’aéroport et goûter le 34°, 90% d’humidité fait partie des petits plaisirs de l’arrivée en Asie, et Dieu sait que j’en ai profité (malgré les sempiternels appels « taxi sir » de compagnies plus ou moins douteuses). Et en voiture pour Jakarta.

La ville elle-même est une ancienne cité coloniale hollandaise (Batavia de son petit nom), devenue capitale lors de l’indépendance. A l’instar de bien des villes d’Asie du Sud-Est, c’est un chantier permanent, où se cotoient taudis, bâtiments ultra-modernes, vieilles bâtisses coloniales et quelques temples, églises et mosquées.

Mosquée Istiqlal

Mosquée Istiqlal

Après quelques vingt heures de transport, la première chose après avoir déposé mes bagages à l’hôtel fut de partir pour un spa local – le genre d’endroit où on peut passer quelques heures entre sauna et jaccuzi avant de se faire masser par une charmante damoiselle. De quoi faire oublier toutes les courbatures du voyage et commencer à apprécier les vacances.

Le nom de l'hôtel plaîrait à Berlusconi...

Le nom de l’hôtel plaîrait à Berlusconi…

Puis balades dans les rues de Jakarta – ville vraiment peu adaptée aux piétons s’il en est: de gigantesques avenues avec peu de passerelle, pas de métro et un service de bus en général saturé. Le pire étant la traversée des rues: il y a bien quelques feux. On appuie sur un bouton et le signal pour piéton passe immédiatement au vert…. mais les voitures, camions et autres moto n’en prennent pas compte avant qu’on ne s’engage dans la rue. On a droit à quinze secondes avec une alarme qui retentit derrière pour bien nous faire sentir la pression. Il y a un petit côté « Le saut de la foi » lorsqu’on traverse pour la première fois.

Un café de Kota, le centre de la vieille ville, une des rares zones piétonnes des environs

Un café de Kota, le centre de la vieille ville, une des rares zones piétonnes des environs

Comme à l’habitude, on trouve partout des vendeurs ambulants de fruits, ou de plats cuisinés plus ou moins exotiques un peu partout – j’attends que mon estomac se soit un petit peu adapté à la nourriture locale (fine mais tout de même méchamment épicée) avant de commencer l’expérience.

L'appel de la noix de coco...

L’appel de la noix de coco…